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leguelmois

Pseudo: leguelmoisCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Mémorial de nos Aïeux légendaires
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Lundi 17 Mars 2008

…….Lors de son court voyage d’inspection à Zaatcha, au mois d’Octobre 1849, Pierre Napoléon Bonaparte écrivait :

 - "Une des causes principales des derniers troubles a été, sans aucun doute, la trop grande multiplication des bureaux arabes destinés à administrer les indigènes. Il y a inconvénient à intervenir de trop près dans les phases intestines de l'existence des tribus….. Gouverner l'Algérie, y exercer le commandement suprême, mais n'administrer  que  les  points  qui  jamais  ne pourront se soustraire à notre domination, telle est, en résumé, la politique que nous aurions dû toujours suivre, si j'en crois mes impressions, et l'opinion des hommes véritablement compétents.

De puissants chefs Arabes, même nous servant mal quant à la rentrée de l'impôt, mais faisant respecter nos routes et nos voyageurs, n'assureront-ils pas notre empire mieux que certains Caïds relevant plus directement de nous, mais qui révoltent à chaque instant les populations par les concussions dont ils les accablent en notre nom ?

Il serait d'une haute politique d'entourer de la plus grande considération les chefs à notre service, et de les relever aux yeux de leurs administrés, en leur laissant ce prestige de nationalité indigène qui leur donne l'air de ne céder qu'à notre force invincible, tout en nous aimant quand nous faisons le bien.

Surtout, il ne faudrait pas perdre de vue que quelque temps de paix consolide notre pouvoir mieux que l'expédition la plus heureuse, et que si une longue période de tranquillité générale était donnée à la colonie, l'Arabe, qui est fataliste, commencerait à croire à la perpétuité de notre domination, et se soumettrait définitivement en disant: - Dieu le veut !"

Jetons maintenant un coup d'oeil sur l'état de la subdivision de Batna, lors des derniers évènements.

En octobre 1848, M. le colonel Carbuccia, d'une des meilleures familles de Bastia, avait succédé, dans le commandement de cette subdivision, à M. le colonel Canrobert. Ce dernier venait de rendre un immense service, en s'emparant, par un coup de main hardi, comme il sait en faire, du dernier Bey-Ahmed, de Constantine.

Cependant, nos ressources étaient bien faibles pour maintenir, dans une si grande étendue de territoire, tant de populations diverses. En effet, la subdivision de Batna comprend ces montagnards de l'Aurès, toujours turbulents, le massif des Ouled-Soultan, les Ouled-Sellem, les Ouled-Bouanoun, le Hodna, le Sahara, où se trouve la région des Ziban.

Les Aurès venaient de massacrer ou de chasser les Caïds nommés par nous ; la plupart des autres points du pays n'étaient soumis que de nom ; l'échec essuyé par nos armées en 1844 n'avait pas été vengé, et si une révolte ouverte avait éclaté, les plus fâcheuses complications seraient à prévoir.

Dès lors, le colonel Carbuccia avait senti les difficultés de cette situation et les avait fait connaitre à son chef immédiat le général Herbillon, commandant de la province. Aux mois d’Avril et Mai 1849, le colonel s'était vu contraint de parcourir le Hodna, à la tête d'une colonne expéditionnaire, pour maintenir certains Caïd, dont les Arabes avaient voulu se débarrasser.

Notre autorité en fut momentanément raffermie, une réconciliation apparente eut lieu, et des otages furent, suivant la coutume, amenés à Batna.

Les habitants du groupe d'oasis qu'on appelle le Zab-Dahraoui, et dans lequel est situé Zaatcha, ne vivaient, il y a peu de temps encore, que de la culture de palmiers, qui suffisait à leur nourriture et aux échanges. Menacés sans cesse par les nomades, qui les pillaient et les rendaient tributaires, leur sort était exceptionnellement malheureux.

En 1845, sous le commandement de M. de Saint Germain qui voulait gouverner directement le pays, était de soustraire le Sahara à la dépendance du Tell, dont il tire ses grains. Louable en lui-même, sous le rapport de la civilisation, au point de vue politique ce plan ne pouvait produire que de fâcheux résultats chez un peuple qui nous sera encore longtemps et peut-être toujours hostile.

Les Turcs connaissaient les Arabes au moins aussi bien que nous, et certes ils se seraient gardés de rendre le désert indépendant du Tell. La nécessité où sont les tribus sahariennes de venir, tous les ans, s'approvisionner dans la région des céréales, est la meilleure garantie de leur obéissance.

Si elles nous mécontentent, leur compte est bientôt réglé, et en cas de rébellion armée, nous pouvons leur fermer complètement le Tell, et les obliger à recourir à des intermédiaires, ce qui décuple pour eux le prix des denrées.

Ce n'est d'ailleurs que dans le Tell que ces tribus peuvent rencontrer, pour leurs dromadaires et leurs moutons, des pâturages d'été, saison où le manque absolu d'eau serait mortel aux troupeaux dans le désert.

Cette dépendance du Sahara envers la région des céréales est un fait tellement important qu'aucune intrigue ou sédition de la part des nomades ne peut nous préoccuper longtemps, placés qu'ils sont sans cesse sous l'inévitable coup d'une répression pécuniaire, et même plus terrible, au besoin…..

Voyons comment ils avaient surgi :

"La base de la gestion de M. de Saint Germain, c'était l'égalité devant l'impôt, et il n'avait voulu tenir aucun compte des privilèges des Mourabitines, dans un pays pourtant où cette caste est aussi nombreuse qu'influente. Il n'en fallait pas davantage pour nous faire des ennemis irréconciliables de gens qui n'auraient pas mieux demandé que de nous servir, si, comme les Turcs l'avaient fait avant nous, nous eussions ménagé leur suprématie.

En 1848, la contribution des palmiers qui n'avait été, dans l'origine, que de 15 à 20 centimes le pied, fut tout à coup portée, sans transition, à 40 ct, soit que ces précieux végétaux rapportassent leurs dattes ou qu'ils n'en eussent pas.

Une mesure financière aussi vexatoire était justifiée jusqu'à un certain point par la nécessité où l'on était de fournir aux frais de fortifications de Biskra, frais que le gouvernement central n'avait pas voulu couvrir ; et en effet, 120.000 francs, produit du nouvel impôt, furent affectés à la construction de la casbah de cette Oasis.

Quoi qu'il en soit, un prétexte d'insurrection était trouvé pour les marabouts que nous nous étions maladroitement aliénés. Tous affiliés à la secte religieuse dite des frères de Sidi-Ab-er-Rahman, qui a de nombreuses ramifications dans les Ziban, ils fomentèrent sourdement la révolte, à laquelle il ne manqua désormais qu'un fait déterminant.

D'autre part, une des conséquences de notre administration directe était d'annihiler complètement l'autorité du Cheikh El-Arab, qui  avait été jusqu'alors  un sûr  moyen  de  domination  dans  le  désert.  Deux familles s'étaient trouvées, tour à tour, en possession de cette dignité, espèce de grand vasselage, les Ben-Ghana et les Ben-Saïd.

Les Turcs, suivant les exigences de leur politique, les avaient alternativement élevées, et il faut le dire, de leur temps le Cheikh El-Arab était réellement le suzerain du Sahara, percevait les contributions, payait au bey de Constantine la redevance exigée, administrait comme il l'entendait, et garantissait ainsi de tout embarras le gouvernement suprême.

En 1837, après la prise de Constantine, les Ben-Saïd, dont le chef a été tué à notre service, étaient en fonctions. En 1844, M. le duc d'Aumale leur substitua les Ben-Gana qui y sont encore.

Mais le titulaire actuel, que je connais, et qui est décoré de la Légion d'honneur, a vu son autorité tellement amoindrie que, pour ne citer qu'un exemple, il n'a pu, lors de la dernière campagne et bien qu'il fût dans notre camp, procurer au général Herbillon un seul espion à qui accorder créance. Cependant, la part d'impôt, que ce Cheikh prélève annuellement à son bénéfice, est de plus de 100.000 francs…".

.........Leguelmois

publié par leguelmois dans: leguelmois

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